Polar/thriller

La cour des mirages, Benjamin Dierstein, Éditions Les Arènes.

Juin 2012. Triomphe politique pour la gauche et gueule de bois pour la droite. Les têtes tombent. Les purges anti-sarkozystes au sein du ministère de l’Intérieur commencent. La commandante Laurence Verhaeghen quitte la DCRI et rallie la Brigade criminelle de Paris. Elle est rapidement rejointe par son ancien collègue Gabriel Prigent, hanté par la disparition de sa fille six ans plus tôt.
Pour leur retour au 36, les deux flics écopent d’une scène de crime sauvage : un ancien cadre politique a tué sa femme et son fils avant de se suicider. L’enquête débouche sur la découverte
de réseaux puissants, à mi-chemin entre l’organisation pédocriminelle, la prostitution de luxe et l’évasion fiscale. Désabusés par leurs erreurs et leurs doutes, tourmentés par leurs obsessions,
Verhaeghen et Prigent vont partir pour un voyage sans retour vers la barbarie moderne.
Dans la lignée de David Peace ou James Ellroy, une complainte noire et désespérée en forme de descente aux enfers. Janvier 2022, Les Arènes

Difficile de faire plus marquant que La Cour des mirages cette année. Puissant et résolument engagé.

Je découvre Benjamin Dierstein avec cet ouvrage qui est le plus percutant, le plus puissant de tout ce que j’ai pu lire ces dernières années en matière de thriller. Je ne pensais pas ouvrir un roman aussi noir et ressentir une atmosphère aussi pesante dès les premières pages où on assiste pas à pas au kidnapping d’une enfant alors qu’elle se trouve dans le métro avec son père.

« L’homme en profite pour pousser la petite fille vers le côté du wagon, sans qu’elle se rende compte qu’il le fait volontairement. »

Ici commence La cour des mirages. 845 pages, 26 chapitres, pas d’esbroufe, ni de facilités, et un style jamais racoleur. Brillant.

Benjamin Dierstein nous plonge dans un polar effrayant en abordant la pédocriminalité, les disparitions d’enfants, les conditions difficiles et incompréhensibles de l’ASE dans un des contextes politiques les plus marquants de ces dernières années. Évidemment, quand on parle de sujets aussi tabous et aussi écœurants, on n’échappe pas aux faits et aux descriptions des violences sexuelles dont sont victimes les enfants. Loin de vouloir alimenter tout fantasme, le style de Benjamin Dierstein, ne verse pas dans le sensationnalisme ni le voyeurisme, ce qui est raconté est déjà assez terrifiant et hante encore l’esprit des lecteurs de ce thriller exceptionnel.

Quand on lit beaucoup de polars depuis des années, il devient difficile de trouver ceux qui ont du sens. Benjamin Dierstein a parfaitement su se documenter, trouver le bon angle, le bon équilibre entre proposer un excellent thriller dans sa construction, dénoncer un sujet effroyable dont personne ne veut parler, la véracité des faits et ses nuances. Alors évidemment cette perfection se traduit par des choix narratifs et c’est la raison pour laquelle La cour des mirages m’a littéralement révoltée. Et bien qu’elle ait été une lecture particulièrement très difficile, je pense sincèrement que c’est comme ça qu’il fallait faire, afin que l’on comprenne bien que l’horreur de ce fléau est partout.

Rien n’est lumineux dans La cour des mirages, ni chez la commandante Laurence Verhaegen ni chez le capitaine Gabriel Prigent, deux personnages toujours sur le fil qui incarnent cette trilogie et qui font de ce troisième volume un page-turner glaçant. Des écorchés vifs aux caractères entêtés et aux psyché humaines bouleversantes qui nous baladent et nous captivent jusqu’aux dernières pages.

Un thriller brillant à lire et un auteur talentueux à suivre de beaucoup plus près.

À lire absolument pour les lecteurs de polars les moins sensibles bien évidemment.

Extrait :

Les corps se déplacent malgré eux. Le wagon est rempli. Le père sourit à la mère. Il lui faut un signe de la main. Il dit On se retrouve au parking. L’homme se place entre la fille et son père. Les portes se ferment. Il les empêche d’être l’un à côté de l’autre. À la station suivante, des gens sortent. Des gens entrent. Toujours la même foule compacte. L’homme en profite pour pousser la petite fille vers le côté du wagon, sans qu’elle se rende compte qu’il le fait volontairement.

8 commentaires sur “La cour des mirages, Benjamin Dierstein, Éditions Les Arènes.

  1. Je l’ai lu cet automne, je racontais ce que je lisais à mon entourage, je me suis spoilé l’histoire toute seule comme une gourde. Cela n’enlève absolument rien au talent de l’auteur et à ta chronique. Merci à toi ma Katia 😘🤗

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