Polar/thriller

LES EXTRAITS DE L’ÉTÉ

Cet été j’ai voulu partager sur ma page Instagram des extraits de romans lus ou non lus pris au hasard, selon l’envie du moment.Le choix n’a pas toujours été facile, il ne faut pas que l’extrait dévoile un élément important de l’intrigue, qu’il reflète la tonalité du roman, mais qu’il ne soit pas un passage trop ordinaire.

Osciller entre les résonances et les fulgurances.

Inconsciemment, sûrement par pur confort personnel, mon choix s’est dirigé vers des livres que j’ai vraiment aimés et des auteurs qui reflètent une sensibilité commune. Je ne pensais pas en faire un article sur le blog, j’ai commencé timidement à ne poster que quelques lignes et je termine avec des passages entiers, j’y ai vraiment pris beaucoup de plaisir, même si je n’ai pas posté toutes les semaines comme je l’avais prévu. J’y ai redécouvert des histoires et des passages qui me parlent autrement, me donnant presque envie de les relire ! Alors je vais continuer à en proposer d’autres, maintenant que le premier exercice est passé, j’espère me diriger un peu plus vers des livres qui me sont inconnus. J’espère que vous plaira !

Torrents Christian Carayon. Un auteur dans mon top 5

Pourquoi la dépecer ? Parce que son passé refaisait surface : les membres qu’il avait été obligé de repêcher à Manipont après qu’on eut fait exploser les derniers prisonniers de la « Maison des horreurs » depuis le Pont-Neuf ; le corps mutilé de la première épouse ; les accusations de meurtre alors ; l’inondation de 1964 avec le cimetière qui dégueulait ses morts…

La vraie vie Adeline Dieudonné. Un des textes les plus terrifiants que j’ai eu à lire.

Un soir, je n’ai pas trouvé Gilles dans sa chambre, ni dans la mienne, ni dans le jardin. Alors je suis entrée dans la chambre des cadavres,sans bruit parce que mon père était dans le salon. Je l’ai trouvé là, assis près de la hyène. Il chuchotait dans ses grandes oreilles. Je n’ai pas entendu ce qu’il lui disait. Quand il s’est aperçu de ma présence, il m’a jeté un regard étrange. J’ai eu l’impression que c’était la hyène qui me regardait. () Cet air là, ce que j’ai vu sur le visage de Gilles, ça n’était pas lui. Ça sentait le sang et la mort. Ça m’a rappelé que la bête rôdait et qu’elle dormait dans ma maison. Et j’ai compris qu’elle dormait à l’intérieur de Gilles. Mes parents n’ont rien vu. Mon père était trop occupé à commenter la télé à mamère et ma mère était trop occupée à avoir peur de mon père. Édité chez L’Iconoclaste.

Une bonne intention de Solène Bakowski. Bouleversant.

Il fait froid, si froid, et quoi de mieux que les bras de l’un pour réchauffer l’autre ? Les genoux ramenés sur sa poitrine, Mati demande, « Et toi et toi, parle-moi de toi, c’est quoi ta vie d’ange? » Rémi sourit. À son tour, il s’épanche sur l’épaule étroite et relate son enfance, cette différence qu’on lui a toujours reprochée et qu’il n’en jamais réellement comprise, sa passion pour les codes postaux et pour les voyages qu’ils annoncent, son père qui s’est débiné trop tôt, le courage de sa mère, réduire à son supermarché et à sa gazinière, l’amour tendre qu’ils se portent, sa confiance aussi, les misères minuscules qui ont parsemé sa route et qui aujourd’hui encore, tachent son passé et ses souvenirs. Oh, bien sûr, il n’utilise pas ces mots-là, il ne peut pas.

De chair et d’os deuxième volet de la saga du Gardien invisible de Dolores Redondo. Une saga policière chère à mes yeux ! incontournable !

Elle avait lu quelque part qu’il ne faut pas revenir dans un lieu où on a été heureux, car c’est une façon de commencer à le perdre, et elle se disait que l’auteur de cette phrase avait raison. Les lieux, vrais ou fantasmés, idéalisés par l’imagination, peuvent se révéler terriblement réels et assez décevants pour en finir d’un coup avec le rêve. C’est un bon conseil pour qui possède plus d’un lieu où revenir. Pour Amaia, c’était cette maison, qui semblait vivante et se resserrait autour d’elle, l’abritant contre ses murs et lui donnant de la chaleur. Elle savait que c’était la présence visible et invisible de sa tante qui la dotait d’une âme, même si dans ses rêves la maison était toujours vide et elle, Amaia, toujours petite. Elle utilisait la clé cachée dans l’entrée et courait à l’intérieur, affolée par la peur et la rage. Dès qu’elle franchissait le seuil, elle sentait mille présences enveloppantes qui l’accueillait dans une paix quasi utérine.Alors, la petite fille, qui devait veiller toute la nuit pour que sa mère ne l’a mangé pas, pouvait enfin s’abandonner au sommeil devant le feu de cheminée.

Le labyrinthe des esprits, Carlos Ruiz Zafón. Un auteur que j’ai découvert tardivement, qui a construit un univers fascinant. Ouvrez un de ses livres, laissez la magie envoûter votre âme de lecteur

Cette nuit j’ai rêvé que je retournais au Cimetière des Livres oubliés. J’avais de nouveau dix ans et je me réveillais dans mon ancienne chambre pour sentir que le souvenir du visage de ma mère m’avait abandonné. Et je savais, comme on sait les choses dans les rêves, que c’était ma faute, seulement la mienne, parce que je ne méritais pas de m’en souvenir et je n’avais pas été capable de la venger.Mon père entrait, alerté par mes cris d’angoisse. Mon père, qui dans mon rêve était encore jeune et en possession de toutes les réponses du monde, me prenait dans ses bras pour me consoler.Puis, alors que les premières lumières peignaient une Barcelone embuée, nous sortions dans la rue. Pour une raison que je ne parvenais pas à comprendre, mon père ne m’accompagnait que jusqu’au porche. Puis, il me lâchait la main et me faisait comprendre que c’était là un voyage que je devais faire seul.Je commençais à marcher, mais je me souviens que mes vêtements, mes chaussures, ma peau même me pesaient. Chacun de mes pas exigeait un effort plus important que le précédent. En arrivant sur les Ramblas je remarquais que la ville était comme suspendue dans un instant sans fin. Les gens s’étaient arrêtés de marcher et ils paraissaient figés comme des silhouettes sur une vieille photographie. Une colombe qui prenait son envol n’esquissait qu’un dérisoire battement d’ailes flou. Des brises de pollen flottaient immobiles dans l’air comme une poudre de lumière. L’eau de la fontaine de Canaletas étincelait dans le vide comme un collier de larmes de cristal.

Un cri sous la glace.Camilla Grebe La reine de la Suède, c’est elle !

Ma mère était la plus jeune des sœurs. Elle était la petite dernière, la fille sauvage et mal éduquée, mais adorée, qui avait scandalisé mes grands-parents en tombant enceinte de mon père à dix huit ans.Quant à moi, j’étais assise en tailleur sur le parquet de la chambre à coucher, tenant à la main le bocal avec la larve de papillon. Les feuilles avaient fané depuis longtemps et étaient tombées au fond du pot, l’une après l’autre, et les branches nues ressemblaient à une bobine de fil barbelé. La chenille vert clair semblait avoir disparu. Mais mon père m’avait expliqué ce qui s’était passé : dans la petite chrysalide lisse, quelque chose de merveilleux était en train de se produire. La larve subissait une transformation et, si j’avais de la patience et avec l’aide de Dieu, je verrai un animal tout à fait différent sortir de la chrysalide. Cela m’inquiétait un peu. Je tenais absolument à voir le moment où cet autre animal allait apparaître, mais je ne savais pas quand cela allait se produire. C’est pourquoi j’apportais le bocal partout où j’allais. Mon premier réflexe au réveil et mon dernier réflexe au coucher étaient d’examiner la chrysalide avec attention à la rechercher d’éventuels changements.J’avais demandé pourquoi la chenille était obligée de s’enrouler dans un cocon gris-brun, pourquoi elle ne pouvait pas plutôt rester une larve, mais mon père avait secoué la tête et souri tristement

– Elle n’a pas le choix, mon petit loup. Elle doit se transformer ou mourir. C’est la loi de la nature.

J’ai longuement médité sur cette expression, essayé de me représenter ce que ça fait d’être forcé à choisir :  « se transformer ou mourir ». J’avais beau y penser, je n’arrivais pas à me mettre dans cette situation.

3 commentaires sur “LES EXTRAITS DE L’ÉTÉ

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